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Posts Tagged ‘intérim’

Rengaine d’un jour d’entretien : repérage du lieu sur mappy, itinéraire bus métro, repassage chemise pantalon, impression de CV, temps passé dans la salle de bains multiplié par 3 (genre « American psycho » light), l’occasion d’étrenner la crème Q10 ,offerte par ma fiancée, sensé ré-hydrater ma peau et assécher son porte-monnaie. J’ai même pris soin de cirer mes « souliers » comme dirait mon grand-père.

A la recherche d’un petit gagne-miettes (« gagne-pain » serait définitivement trop optimiste), j’avais sélectionné l’annonce d’une grosse boîte avec un important turnover réputée pour ne pas être très sélective dans ces recrutements.

J’arrive avec un quart d’heure d’avance. Environnement connu, moquette bleu, néon, poster vantant les « valeurs » de l’entreprise (avec le noir et l‘asiatique réglementaire), table basse avec quelques numéros de « challenge » pele mele, mobilier « office dépôt » fin de série.

Une femme qu’on peut imaginer agréable à l’extérieur, un sourire franc, une bonne application à la tâche, cheveux attachés, maquillage léger, un brin de grâce malgré le classicisme de sa tenue, me reçoit dans son bureau pour la grande mascarade appelée « entretien d’embauche ».

Après les 5 minutes de présentation basique de mon parcours, elle commence à faire feu de tous bois avec des questions saugrenues sans m’écouter car trop à l’affût d’une éventuelle déstabilisation.
Fatigué par l’obligation d’affabuler car toute réponse sincère passerait pour un manque d’imagination ou d’intérêt, je fais l’erreur majeure de tomber le masque et de lui dire la vérité.

« Ecoutez, je pense être compétent pour ce poste, j’ai l’expérience requise et besoin de manger. Le reste ce sont des mondanités ».

« Oui voila mais c’est super (Dans ma tête « Sérieux ? ») , c’est ça que j’aime voir chez les candidats,(« Merde, chui tombé sur la dernière DRH considèrant la franchise comme une qualité ») c’est bien de connaitre l’état d’esprit de son interlocuteur, ça change de la ritournelle des entretiens (« peut-être qu’on va s’entendre »), vous, on vous sent vrai, concerné, sans chichi (« Merçi, merçi »), bon pour le poste là ça ira pas (…) mais je suis certaine que vous trouverez très rapidement».

Parfait. Implacable. Quenelle de 12 glissée toute en souplesse. Elle a été tellement cynique sans le vouloir que je n’ai pu m’empêcher de rire pendant 20 secondes avant de prendre congé.

Je desserre mon nœud de cravate pour mieux respirer, j’allume une clope, recrache la fumée en regardant le soleil se repointer. Je tourne le dos à ce building de verre sans histoire et à ce monde du tertiaire rempli de visages pâles. Retour au Tipi. C’est laid un indien avec des souliers.

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On la reconnait au bijou fantaisie assorti à la robe pour masquer le manque de goût. Faut de la quincaillerie, faute d’élégance naturelle. Elle a généralement une grosse capacité à répéter les mêmes choses en faisant semblant d’y croire. Elle a l’amabilité fluctuante au gré des courbes de satisfaction clients.

Le sourire tendancieux, elle aime rappeler à ses ouailles « qu’ils ne savent pas tout » et qu’elle se donne du mal pour les préserver des tumultes venus d’en haut, elle le paratonnerre pour foudres patronales. Rien de tel qu’un soupçon de difficulté financière future de l’entreprise pour ramener les brebis dans le droit chemin de la surproductivité tout en tuant dans l’œuf toute velléité de demande d’augmentation de salaire.

Rhétoricienne de l’impossible, elle arrive à t’expliquer sans trembler du menton comment elle conjugue, dans son équipe, management humaniste et hyper compétitivité au sein d’une multinationale évoluant dans un secteur ultra concurrentiel. Cerise sur le gâteau, elle aime faire savoir que cette envie de maintenir l’unité dans l’équipe de façon harmonieuse n’est que le fruit de sa bonté et qu’elle pourrait très bien, si nécessaire, revenir à une gestion du personnel plus rigoureuse.

En fait, t’essaye juste de faire avancer une mule avec ton petit bout de bois, ton fil de pêche et ta carotte. Ton problème c’est que la mule a compris depuis bien longtemps où elle allait se la prendre la carotte. Qui veut la paix syndicale prépare la guerre des nerfs. Sa hantise : Ne plus être sur le coup. Son remède : Séances d’écoute des employés, complots à la cantine, messe basse à la machine à café, confidences arrachées au personnel sous couvert de connivence. Au plus elle se dit sincère et frontale, au plus elle lèche le cul des grands chefs. Y’a d’ailleurs plus que ça qu’elle lèche tant les hommes ont établi un périmètre de sécurité autour d’elle.

Ta fausse empathie suintait la misère sexuelle. Ton rencard bidon pour qu’on se retrouve seul chez toi. A force de singer les hommes dans ce qu’ils ont de plus laid, on arrive à ça. C’est plus de la promotion canapé à l’ancienne, c’est de la « mise sous pression quotidienne au travail en espérant une vengeance nocturne sur son arrière train ».

Sortie du bureau, elle est pas belle à voir l’exécutive woman, fanée la working girl lobotomisée à coups de culture d’entreprise. Ton instinct de tueur de concurrent te rend laide. Ton envie de grignoter des parts de marché t’assèche. Ton regard de mère supérieure, tes plaintes incessantes sur tes collègues, besogneuse de l’inutile, hautaine pour oublier que tu n’es jamais qu’une employée subalterne du tertiaire qui va sauter dés qu’une jeunette aura plus faim que toi.
Tu me traitais de rebelle, moi. Pffff pauv’conne. Juste un mec sensible, un ambitieux sans cible, un fumiste sans vice, un fumeur de sans filtre, pas un fumier répréhensible. En même temps quand on est plongé dans la fange comme toi, un rien de lucidité passe vite pour de la rébellion. T’es une imbécile idéale pour ces entreprises, toi qui crois fermement que la boite repose sur toi.

Pourquoi les nanas soi disant parties de rien finissent comme des connasses arrivistes puantes ? Pour t’élever socialement, tu dois faire preuve de bassesse. Paradoxe bizarre. Tu vas mal à ce point que tu te sens obligé d’écraser de ton poids des pauvres gamins venus au plateau d’appel comme avant à l’usine. Sans déconner, c’est ça ton projet de vie ?

Adieu Isa pas belle, raye mon nom du planning, « délogue moi », range mon casque, brûle mes statistiques,

Je t’en veux même pas
Je préfère ma place à la tienne,

Je t’épargne ma hargne
C’est pas sur cette gloire que je lorgne

Même sourd, muet et borgne,
Je reste le même quand le boss grogne

Ta pause est finie Isa, cours vite à ta besogne
En oubliant que ton monde de winners pue la charogne

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